La haute saison guadeloupéenne démarre en décembre. Octobre et novembre sont donc les mois de la remise en route : peinture, climatisation, piscine, literie, reprise du jardin, recrutement des saisonniers, réassort des économats. Pendant six à huit semaines, un établissement jusque-là hermétique devient un lieu de passage permanent. C'est précisément la période où les inventaires s'allègent.
Un hôtel en travaux n'a plus de porte d'entrée
En période de travaux, un hôtel perd ce qui fait sa sécurité le reste de l'année : un point d'entrée unique, une réception qui voit passer tout le monde, du personnel qui se connaît. À la place, des accès de service ouverts toute la journée, des camions au plus près des bâtiments, une vingtaine d'intervenants extérieurs dont personne ne saurait dire s'ils sont quatre ou six par entreprise, et des chambres livrées mais pas encore verrouillées avec du matériel neuf dedans.
Les disparitions de cette période ont un point commun : elles ne sont constatées qu'à l'ouverture, parfois plusieurs semaines après les faits. Plus personne n'est alors en mesure de dire qui se trouvait sur place ce jour-là. Un téléviseur manquant dans une chambre du troisième étage, découvert le 5 décembre, peut être parti n'importe quand depuis la mi-octobre.
Regardez votre contrat d'assurance avant le chantier
Les directions le découvrent en général au pire moment. La garantie vol d'un contrat multirisque repose presque toujours sur la notion de local clos et couvert, et sur des moyens de protection décrits au contrat : ouvrants, serrures, alarme en service. Un bâtiment en travaux, avec des menuiseries déposées et une alarme partiellement neutralisée, ne remplit plus ces conditions. Selon les contrats, la garantie est réduite, suspendue, ou conditionnée à des mesures compensatoires précises, gardiennage compris.
Un courrier à votre courtier avant le démarrage du chantier, décrivant la période, les zones concernées et ce que vous mettez en place, règle la question en une semaine. Le même courrier envoyé après un sinistre ne sert à rien. Et si l'assureur exige une présence humaine pendant tout ou partie des travaux, autant le savoir quand le budget se construit, pas quand les artisans sont déjà là.
Les livraisons sont le deuxième trou
La remise en route s'accompagne d'un volume de réception que l'établissement ne connaît pas le reste de l'année : mobilier, linge, électroménager, produits d'accueil, cave. Les palettes arrivent quand elles arrivent, souvent avant que le local de stockage soit prêt, et attendent sur un quai ou dans un couloir. Personne n'a signé pour elles, ou quelqu'un a signé sans compter.
Deux règles suffisent la plupart du temps : rien ne reste sur un quai après la fin de journée, et chaque réception est signée par une personne nommément désignée, pas par « quelqu'un qui passait ». Les écarts d'inventaire de fin de saison viennent plus souvent de réceptions mal tenues que de vols caractérisés.
Quatre mesures qui tiennent en une demi-journée
- Un registre des entreprises et des personnes. Le nom de la société ne suffit pas, ce sont des personnes qui entrent. Une liste tenue à jour, avec les horaires d'accès convenus, coûte dix minutes par jour et répond à la seule question qui se posera après coup.
- Un point d'entrée unique pour les intervenants, même si cela leur fait faire cinquante mètres de plus. Les accès de service ouverts « en attendant » restent ouverts tout le chantier.
- Une reprise en main des clés et des badges à une date fixée. Les plans de clés se dégradent pendant les travaux : recompter, reprogrammer et réattribuer avant l'arrivée des saisonniers, pas après.
- Une présence en fin de journée. Le créneau entre le départ des artisans et la nuit est celui où le site est ouvert, vide et éclairé. Deux heures d'agent en fin d'après-midi couvrent l'essentiel, et ce sont aussi les deux heures pendant lesquelles on referme ce que la journée a laissé ouvert.
Les saisonniers arrivent ensuite, et c'est une autre étape
Le recrutement de saison amène chaque année une équipe partiellement nouvelle, à qui l'on confie des passes, l'accès aux réserves et l'accueil des clients. La règle est simple et rarement appliquée : personne ne reçoit un accès avant d'avoir été présenté physiquement à la personne qui en répond, et chaque attribution est notée avec une date. La contrepartie compte autant : un passe rendu en fin de contrat, coché sur la même liste.
Cela n'a rien d'un procès d'intention envers les saisonniers, qui font tourner l'établissement. C'est simplement qu'une équipe qui change à moitié chaque année ne peut pas reposer sur l'interconnaissance comme le fait une équipe permanente. Notre article sur l'hôtel en pleine saison décrit ce qui se joue ensuite : tout ce qui tiendra en décembre se décide maintenant.
Ce que cela pèse
Pour un établissement de standing, quelques journées d'agent réparties sur les semaines de chantier représentent une fraction du coût d'un seul téléviseur multiplié par vingt chambres, et une fraction plus petite encore d'une franchise d'assurance ou d'une ouverture retardée. Le calcul est vite fait, à condition de le faire en octobre.

